Kino : Une nouvelle manière de faire du cinéma?
Entretien avec Christian Laurence

Propos recueillis par Bruno Dequen
Photos : Courtoisie Kino Montréal

Qui est Kino? Ce fut d’abord un rassemblement de jeunes cinéastes montréalais, finissants du baccalauréat en communication de l’UQÀM, cherchant une voie pour mettre à profit leur art malgré la rigidité des infrastructures publiques et privées. Fondé en 1999, Kino a donc pour tradition de se réunir une fois par mois afin de présenter leurs « petits » films vidéos « faits maison », sans subvention ni participation de l’industrie. Le concept connaît un succès fabuleux. Non seulement le Kino de Montréal entame-t-il sa cinquième année avec un nombre grandissant de participants, mais le concept a été repris dans plusieurs autres villes québécoises, et même ailleurs dans le monde. Il existe aujourd’hui des cellules Kino de Québec à Moncton en passant par Charlevoix, et ce jusqu’à Paris et Madison (Wisconsin).

Christian Laurence, fondateur de Kino et animateur de Kino Montréal, nous parle de l’état actuel du mouvement.


Christian Laurence, fondateur et animateur; Kino Montréal

B.D. : D’abord, outre l’aspect du laboratoire ou de la « rampe de lancement » qu’offre Kino aux jeunes cinéastes d’ici, quelle avancée ou spécificité esthétique, filmique ou technique l’expérience Kino offre-t-elle à ses participants?

Christian Laurence : Déjà, je sens qu’il y a quand même une espèce d’avant-garde à l’intérieur de Kino; ce que les meilleurs éléments de Kino arrivent à faire avec une caméra GL1, c’est hallucinant en termes de « look ». Nous travaillons tous à la télé, en pub ou ailleurs, et cette esthétique, que nous développons ici, avec des moyens ridicules, nous pouvons nous en servir après. Et surtout, grâce au Kino Cabaret, il faut produire des films en quarante-huit heures! Vous seriez étonné de voir ce qu’on est capable de faire, esthétiquement en quarante-huit heures! C’est impressionnant!

Il est certain que si nous pouvions tourner en pellicule, nous le ferions sûrement. Je me souviens de trois ou quatre films Kino qui ont été tournés en 16mm ou en 8mm, mais l’idée de Kino c’est l’instantanéité, c’est de tourner et de pouvoir monter le film tout de suite. Il y a en fait beaucoup de professionnels du milieu de la télévision qui viennent nous voir parce que, justement, nous sommes capables, efficaces : c’est une arme à double tranchant d’ailleurs, et nous le savons. C’est sûr qu’il y a des gens, certains syndiqués, qui ne seraient pas contents de nous voir arriver parce que nous sommes capables de faire avec presque rien ce qu’eux font avec des budgets faramineux. Mais cela dit, nous développons certainement certaines expertises : nous connaissons tous les « bugs » de Final Cut Pro par cœur et nous poussons les instruments à leur maximum. Ce qui a amené une compagnie comme L.L. Lozeau par exemple, qui développe présentement son département d’imagerie numérique, à venir nous rejoindre pour nous utiliser comme banc d’essai. Ils nous prêtent leurs nouveaux instruments pour que nous les essayions, les testions pour eux. Ce genre de partenariat est d’autant plus intéressant qu’il nous est essentiel et est appelé à se développer de plus en plus.

B.D. : En termes d’expertise technique, ça se passe comment maintenant à Kino? Au commencement, vous faisiez tous des films chacun de votre côté, mais maintenant, est-ce qu’il commence à y avoir des acteurs par exemple, qui gravitent plus ou moins autour de Kino, qui sont plus professionnels? Par exemple, en voyant les Kino Cabaret de cette année au FCMM, et en comparant avec ceux auxquels j’ai assisté l’année dernière, je note déjà une grande amélioration dans la qualité des films et du jeu. Et malgré la contrainte des quarante-huit heures, les scénarios avaient l’air d’avoir été pensés et conçus longtemps à l’avance.

Christian Laurence : Nous invitons les acteurs depuis l’année dernière à se joindre à nous. Nous avons une banque de comédiens, des gens qui sont prêts à jouer dans des films sans rémunération et qui ont envie de jouer. Je connais beaucoup de monde dans le réseau des acteurs à Montréal et Dieu sait que ces gens-là veulent jouer envers et contre tous. Ça tombe bien parce que nous, à Kino, nous sommes prêts à tourner envers et contre tous et à tout prix. Tout ceci dépasse la communauté des cinéastes. C’est vraiment une communauté d’artistes et d’artisans du cinéma et de la vidéo. Il y a des cinéastes, mais aussi des directeurs-photo, des preneurs de son, des musiciens, des comédiens, des directeurs artistiques, etc. Tous les gens qui sont impliqués dans la production d’un film sont là. Au dernier cabaret, par exemple, nous avions même quelqu’un qui s’occupait de Kino Casting! Nous sommes en train de recréer les structures à l’interne.

Ça se fait maintenant dans un cadre que nous aimons, qui est plus facile et plus convivial que d’avoir à dépendre du bottin de l’UDA [Union des artistes] et des agents d’artistes. Depuis l’année dernière, nous avons des musiciens dans les cabarets. Quand nous allons en Europe, nous amenons un musicien avec nous et pendant une semaine, il fait de la musique pour tout le monde. Évidemment, le cabaret est un événement ponctuel dans le cadre de tous les événements de Kino, mais c’est un endroit pour développer des relations de travail, des relations artistiques. Quand tu as dix-huit ans, tu fais ton film en prenant ton co-locataire pour qu’il joue le rôle. Mais plus tu avances, plus tu écris, plus tu as le goût de travailler avec des artisans de calibre. Alors nous allons chercher des comédiens professionnels. Et bien sûr, tu le notais, il y a un souci d’écriture, au niveau de scénario, qui est plus présent, consistant et rigoureux maintenant.

B.D. : Est-ce que cela ne va pas devenir plus intimidant désormais pour les jeunes qui veulent commencer avec Kino? Car il ne s’agit plus d’un regroupement de jeunes débutants qui montrent leurs premiers films. Une soirée Kino est maintenant composée de cent cinquante personnes et plus avec des films qui ont été faits avec tel directeur photo, tel artisan, tel acteur, etc.

Christian Laurence : Il n’y a pas juste Kino Montréal. Il est certain que Kino Montréal, avec Kino Québec, est pas mal la tête de pont du mouvement. Il y a d’autres Kino assez avancés comme celui de Paris, par exemple, qui regroupe plusieurs professionnels, ne serait-ce que le fondateur de Kino Paris qui est lui-même un monteur et un réalisateur professionnel. Mais outre ces trois Kino-là, il est certain que les autres Kino ressemblent plus à ce que nous étions au début. C’est pour ça, par exemple, que les jeunes dont tu parles peuvent aller au Kino Campus par exemple, qui regroupe les plus jeunes et les étudiants. Si un étudiant est trop intimidé par la grande salle et les films avec les grands, il peut donc aller se faire les dents à Kino Campus et passer ensuite de l’autre côté. Mais en même temps, tu serais surpris du manque de pudeur que les gens ont! [rires] Ça me dépasse mois après mois. Et tant mieux! Je crois vraiment au pouvoir de l’émulation. Je crois vraiment que plus l’on montre des bons films, plus les gens ont envie de faire des bons films, et plus ils s’améliorent.

B.D. : En faisant le tour du monde, est-ce que tu as pu remarquer certaines différences de sensibilité parmi les différents groupes Kino? Est-ce tu remarques une sensibilité québécoise, voire même spécifiquement montréalaise?

Christian Laurence : Oui, définitivement. Il y a une différence entre les Kino au Québec et les autres Kino; il y a même une différence entre Kino Montréal et les autres. C’est sûr que chacun des Kino adopte la personnalité de ses fondateurs/animateurs et organisateurs en chef. Ici, depuis cinq ans, il y a des gens qui gravitent, qui sont dans le noyau et qui donnent une certaine orientation à Kino par notre présence, par la façon dont j’anime les spectacles, par les films que nous faisons. Il est certain que lorsque Jericho Jeudy [un des co-fondateurs] et moi présentons des films, ceux-ci sont vus comme une certaine norme. Et je dis le tout humblement. Comme ces films-là sont faits par les organisateurs, les autres membres s’imaginent qu’ils peuvent faire des films dans cette direction-là aussi. Or Kino Montréal jouit malgré tout d’une très grande variété de styles et approches, du documentaire à la fiction expérimentale, pour la simple raison que nous comptons un plus grand nombre de membres. Avec cent vingt-cinq membres actifs, c’est donc cent vingt-cinq univers qui se côtoient, ce qui forme un tout très éclectique. De plus, Montréal est la ville de toutes les rencontres. Il y a très peu de Montréalais de naissance; la plupart des Montréalais sont d’adoption. Il y a donc des gens de partout dans le monde et de partout au Québec qui viennent à Montréal et qui ont chacun des sensibilités différentes. C’est sûr que pour ce qui est du professionnalisme et de la technique, Kino Montréal et Kino Paris sont les plus avancés. Si nous faisons une compilation des meilleurs bandes de l’année, il est certain que la moitié des films viendront de Kino Montréal. Mais c’est une simple question d’expérience et d’expertise locale. L’industrie du cinéma et de la télé est à Montréal, elle attire donc les meilleurs éléments ici.

Il y a également des Kino qui sont très engagés socialement, par exemple Kino 640, à Sainte-Thérèse, qui se promène le long de l’autoroute 640 (d’où leur appellation originale!). Ils font énormément de films de dénonciation, des films engagés, autant dans leurs fictions que dans leurs documentaires. Kino Rive-Sud, quant à lui, va être très « cartoonesque » : de très petits films de sous-sol, avec les co-locataires, comme je le notais plus tôt. Kino Québec est aussi très engagé socialement mais au niveau planétaire. C’est très anti-militaire et alter-mondialiste, mais avec un côté très professionnel aussi, parce que Québec a quand même une certaine industrie et il y a des gens qui sont très expérimentés là-bas. Or c’est quand même un groupe qui est plus homogène dans le style et l’approche de leurs films. D’ailleurs, Québec est une ville beaucoup plus homogène que Montréal. Donc la personnalité de la ville amène la personnalité du groupe Kino. Mais comme il n’y a pas de processus de sélection des membres, il n’y a pas d’orientation définie à l’avance. Kino n’a pas d’allégeance politique ni d’allégeance esthétique. Un groupe comme les Lucioles, par exemple, fait un peu ce qu’on fait ici à la différence qu’ils se regroupent par thématiques. Eux ont décidé de se donner un lieu de diffusion pour des films engagés socialement. Donc si quelqu’un participe aux Lucioles, c’est qu’il est intéressé à faire ce genre de film-là. Or à Kino, un film engagé peut côtoyer un petit clip d’animation de trente secondes, un « film de sous-sol » et une fiction très achevée qui aurait pu être financée par la SODEC ou par Téléfilm Canada!

Kino Charlevoix aussi est très étrange et,d’ailleurs, c’est sans doute notre chouchou! Eux font leurs projections dans une petite auberge magnifique, Le Crapet Soleil, sur l’Isle-aux-Coudres. Et s’il y a un endroit qui est important dans l’histoire du cinéma québécois, c’est bien l’Isle-aux-Coudres! Pour s’y rendre, il faut passer par le traversier et, à 23h30, pendant la projection, soit nous partons avant la fin, soit nous restons et devenons prisonniers de l’île pour la nuit, dans cette auberge, à regarder des films. Ces films ont une sensibilité, une poésie extraordinaire, que nous ne retrouvons pas ici. Donc, tous les Kino ont vraiment leur personnalité qui leur est propre et se définissent autant de par la personnalité de leurs organisateurs qu’en fonction de l’endroit où ils prennent naissance.

B.D. : Nous avons mentionné plus tôt que Kino n’est pas axé sur la compétition. Avec Kino, nous sentons plutôt une espèce de ferveur collective. Or arrive-t-on quand même à y entretenir un certain espace pour le débat, les choc d’idées? Un lieu d’auto-critique mutuelle?

Christian Laurence : Cet espace critique est quelque chose que nous souhaitions depuis le début mais qui est très difficile à exercer pour plusieurs raisons. D’abord parce que nous sommes au Québec, dans une société extrêmement polie, où les gens applaudissent tout. C’est problématique – et en tant qu’animateur je le répète souvent – car si on n’aime pas quelque chose, il faut savoir se le dire, dans la mesure où tous sont avec nous pour apprendre. Cet esprit critique prend du temps à entrer dans les mœurs, mais de plus en plus, quand les gens n’aiment pas ce qu’ils voient dans nos soirées, ils n’applaudissent pas. Mais c’est un problème qui n’est pas unique à Kino. Au théâtre par exemple, même si une pièce est extrêmement mauvaise, les gens font des ovations debout! Il faut encourager le public à exercer son esprit critique; il faut l’éduquer de ce côté-là. Nous essayons d’ailleurs de développer des stratégies pour susciter la discussion. Dernièrement – et ça porte fruit! – nous avons commencé à identifier les cinéastes lors de nos soirées. Les réalisateurs viennent devant l’auditoire et présentent leur film afin qu’on puisse les identifier. Et quand j’anime, je les oblige à rester après la présentation, afin que les gens puissent aller discuter avec eux de leurs films. Or nous demeurons un peuple de « tapes dans le dos », plutôt qu’un peuple de confrontation. La pente est donc encore bien longue à remonter.

De plus, pour les films qui durent plus que dix minutes, nous encourageons les cinéastes à faire un prévisionnement critique de leur film avec certains membres du « noyau dur » de Kino. Ce n’est qu’à titre consultatif bien sûr, et la décision de prendre ou rejeter les critiques reste celle du réalisateur. Aussi, les soirées sont très longues, souvent plus de trois heures. Reste donc toujours cet aspect nostalgique de la première année de Kino, où nous pouvions parler des films pendant toute la soirée. Mais maintenant, nous pouvons ou bien diffuser les films ou bien en parler. Soit nous projetons trois films et nous en discutons, soit nous en projetons quinze tout en sachant que nous ne pourrons nous arrêter entre chacun d’eux pour en parler. Ne nous reste qu’à inviter les gens à rester après la projection afin de soutenir un certain esprit communautaire, ou bien à stimuler la participation sur le babillard de notre site web.

B.D. : Kino a commencé avec ce principe d’acceptation de tous les films. C’est aussi ce qui a permis à énormément de gens d’adhérer à Kino. Les gens savaient qu’en allant à Kino, ils ne seraient pas refusés. Surtout que le débutant ne va pas vous voir tant pour la critique que juste pour montrer son film, pour être vu. Cela doit être difficile à gérer.

Christian Laurence : C’est pour ça qu’à un certain moment, nous avons créé les Cabarets Kino. Mais nous nous sommes rendus compte que le petit groupe du début, qui avait rempli son besoin de présenter ses films, avait maintenant un autre besoin : celui d’aller plus loin. Kino est alors devenu un événement à plusieurs vitesses. L’important pour nous, c’est qu’il y ait douze présentations par année à Montréal. Les autres Kino sont absolument autonomes, ils s’organisent comme ils peuvent. Nous ne leur donnons pas d’argent, nous leur donnons des conseils, guère plus. Nous pouvons les aider en les incluant sur notre site web, mais nous n’allons pas organiser leurs événements pour eux. C’est très important pour nous l’autonomie des réalisateurs, et donc l’autonomie de toutes les cellules Kino aussi. D’ailleurs, nous encourageons chaque cellule à procéder selon son propre mode de pensée et selon sa propre personnalité afin d’amener des touches et collaborations locales à leurs événements.

Or, à un certain un moment est apparue une certaine lassitude. Nous organisions un événement pour cent cinquante personnes dont la moitié font des films qui ne nous intéressaient pas vraiment. Nous avons donc cherché à créer un autre événement où il y aura une sélection. Mais tant et aussi longtemps que l’événement reste pour tout le monde, où tous sont invités à participer. Donc pour moi, les événements mensuels sont aussi importants que les cabarets, mais les cabarets sont plus importants que les événements mensuels. Dans les cabarets, il y a une sélection. Quand nous faisons un événement, par exemple à St-Petersbourg, nous ne pouvons bien sûr pas amener tout le monde. Nous faisons d’abord des demandes de subvention qui souvent nous viennent après, donc chacun doit mettre plus de 2 500$ sur la table, tirés de sa propre poche. Et si nous ne recevons pas de subvention, et bien, tant pis pour le budget! Ne serait-ce que par cette contrainte-là, il y a toujours une sélection qui se fait. Les gens qui sont prêts à sacrifier un mois de leur vie, à arrêter de travailler et à payer 2 500$ pour aller faire des films en Europe sont soit un peu fous ou bien ont réellement envie de faire ce métier toute leur vie. De plus, dans les cabarets, lorsque nous devons faire une sélection ou une compilation de films, nous avons des relations avec l’ONF et avec Silence on court!, qui font une série de présentation de films. Finalement, c’est moi qui fait la sélection en compagnie de Jéricho Jeudy et Michel Coulombe.

B.D. : Est-ce que Kino est utilisé ou pourrait l’être pour faire connaître le Québec et son cinéma, ou du moins le renouveler et y réfléchir davantage? Pour aborder et faire connaître les problèmes de la culture et de la société québécoise dans le monde, maintenant que vous êtes dispersés un peu partout sur le globe?

Christian Laurence : En fait, je compare souvent Kino au mouvement d’improvisation qui est né à la fin des années soixante-dix au Québec. Aujourd’hui, il y a des improvisateurs en Belgique, en France et partout dans la francophonie, même aux États-Unis. Mais le problème avec l’impro, c’est la barrière de la langue, toujours. Or à Kino, il est possible de sous-titrer les films. Nous sommes analogues aux gens de l’impro, mais avec encore plus de possibilités et un plus grand horizon devant nous. Par exemple, lorsque Philippe Falardeau présentait La moitié gauche du Frigo au festival du film du Wisconsin, il a décidé d’amener Kino avec lui. Nous sommes partis six personnes ensemble, dont deux du Wisconsin, et nous avons fait un road movie avec eux sur la route. Nous avons ensuite présenté des films là-bas, en plus d’un mini-cabaret de quarante-huit heures. Pour eux, c’était leur inauguration du WisKino, à Madison. Je suis plus tard retourné au Wisconsin pour présenter une sélection « Kino Around the World », et j’y repars encore une fois, dans une semaine, pour leur deuxième cabaret.

Je pense que Kino est un concept fondamentalement québécois, comme l’impro est un concept fondamentalement québécois, parce que nous sommes un peuple d’artistes. Il y a plus d’artistes au mètre carré ici que partout ailleurs dans le monde. Tant mieux en fait. En plus, nous sommes un peuple d’inventeurs et de « bizouneux », si vous me passez l’expression. Nous nous approprions la technologie. Ce n’est pas pour rien que Daniel Langlois a créé SoftImage ici, et que les gens de l’ONF ont créé à peu près tout ce qui peut se faire maintenant dans le monde avec la caméra 16mm. Et le cinéma vérité, ça vient d’ici! Kino a cet aspect d’entreprise collective et artisanale, mais a aussi un côté très individualiste. Kino n’est pas une commune et c’est ce qui fait, selon moi, que ça fonctionne si bien. Parce qu’une commune finit toujours par exploser ou imploser. Donc oui, Kino sert définitivement à parler du Québec, à répandre une certaine idée de la culture nationale, à la diffuser. Certainement! Que ce soit à St-Pétersbourg, aux États-Unis, à Hambourg, Paris, etc. Et ce, de façon extrêmement éclectique. C’est un concept qui peut être repris partout, très simplement. Nous sommes un peuple qui aime se rassembler, qui aime les grandes rencontres et festivités, qui aime se raconter des histoires. C’est ça Kino finalement, il ne faut pas chercher plus loin.

[Entretien enregistré le 3 novembre 2003, au Complexe ExCentris, à Montréal]

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